Mon premier Marathon des Sables (MDS)

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Authors: Published: 9 avril 2022
Last modified: 12 juin 2022




Fin mars 2022, j’ai pris le départ de la 36ème édition du Marathon des Sables. Le MDS est une course à étapes. Il se déroule dans le désert du Sahara marocain et dure sept jours. C’est une épreuve en autosuffisance alimentaire sauf pour l’eau.

Au menu de la 36ème édition, nous avons 229km répartis en cinq étapes chronométrées et une étape de solidarité, obligatoire, de 7km. La course (Figure. 1) part de la bordure de la RN17, à mi-distance entre Alnif et Rissani, et se finit à Merzouga. Chaque étape est fractionnée en tronçons de 10 à 13km, séparés par un check-point (CP) où nous pouvons recharger en eau et trouver une assistance médicale en cas de pépin. Le dénivelé est peu conséquent mais s’avale principalement en une journée et demie entre djebels et passages en crêtes fort sympathiques.

Figure 1: Carte du parcours 2022. Sourcehttps://marathondessables.livetrail.run/parcours.php?course=MDS
Descriptif des six étapes du 36ème MDS. L’étape de solidarité n’est pas chronométrée.
Date Étape Distance Départ1 Durée maximale
27/03 liaison n°1 30,3 km 9H00 10H00
28/03 liaison n°2 38,5 km 8H30 11H30
29/03 liaison n°3 32,1 km 8H30 10H30
30/03 non-stop 85,8 km 8H152 35H00
31/03 repos ou fin de la non-stop
01/04 marathon 42,2 km 7H003 12H00
02/04 solidarité 7,7 km

Le terrain est assez varié bien que désertique. Il alterne désert de sable (erg) et désert de pierres (reg). Le sable se présente sous trois formes: les dunes, les dunettes et les grandes étendues de sable relativement plates. Une dunette est une petite dune de quelque dizaines de centimètres à quelques mètres (en général 1 à 2 mètre). Le plus souvent elles se succèdent sur plusieurs centaines de mètres et sont séparées par quelques mètres de plat, sablonneux ou rocailleux. Le désert de pierre est une vaste surface caillouteuse relativement plane. Quelques djebels 4 viennent couper ces longues étendues. La nature du terrain y est assez variable alternant entre cailloux, bloc de pierre ou sable. Par exemple, lors du 36ème MDS, la traversé du djebel El-Oftal combine une montée sur roche, une descente raide dans un sable avec quelque cailloux et une seconde ascension dans du sable (style dune).

Le climat est très sec. En 2022, l’hygrométrie5 a varié entre 4 à 8%. Les journées sont relativement chaudes, fin Mars la température moyenne est de 30°C à l’ombre. Au soleil, il faut compter une bonne dizaine de degrés en plus. Les étapes se courent en plein soleil, sans ombre. Sur la 36ème édition, la journée la plus chaude : 42 degrés et la nuit la plus froide : 3 degrés. Le record de température, 58.8°C, est détenu par la 35ème édition (en Octobre 2021).

Les nuits sont relativement fraiches, la température moyenne est d’environ 14°C en avril, en pratique il a fait froid sur le camp souvent avec un vent nocturne qui abaisse encore davantage la température. Enfin, de jour comme de nuit, le vent peut être redoutable. Il tend à forcir pendant la journée, plus les coureur·es sont rapides moins ils souffrent. Il peut se transformer en tempête de sable, perturber l’équilibre sur les passages en crête, gêner la progression et surtout il accélère la déshydratation du corps tout en enlevant la sensation de chaleur. Nous avons eu droit à une belle tempête de sable : 120 km/h de vent.

1 Départ

Le 25 mars, nous partons de Paris dans des vols affrétés par le MDS. A l’aéroport, les panneaux d’embarquement affichent “Marathon des Sables” comme destination. Nous sommes quelques centaines de coureurs au départ de Paris, les autres nous rejoindront sur place. Nous atterrissons à El-Rachidia puis direction les cars pour rejoindre notre premier camp de base, Figure. 2. Une fois arrivés au bivouac, nous sommes regroupés par nationalité dans des tentes de huit. Pour moi, c’est la tente 82, nous sommes sept colocs des sables.

Figure 2: Camp de base.

La 36ème caravane est constituée d’une cinquantaine de nationalités, avec près de 30% d’anglais et presque autant de français. Il y a environ 20% de femmes. Comme l’a rappelé Patrick Bauer au début de la course, les coureuses abandonnent moins, rapporté à leur nombre, que les concurrents masculins. La moyenne d’age tourne autour de 45 ans et la distribution est (presque) une belle gaussienne centrée sur les 40-49 ans (Figure. 3).

Le matin du 27 mars, nous sommes 897 à nous élancer pour la première étape sur les 1096 inscrit·es,. Six jours plus tard, nous somme 802 finishers (pour une centaines d’abandons) à traverser les dunes Merzouga et à franchir la tant attendue ligne d’arrivée. Bien que variable d’une année sur l’autre, le nombre d’abandons reste relativement faible 6 pour une course de cette distance dans un environnement désertique. Les barrières horaires sont très larges et permettent de finir, au besoin en trainant une patte esquintée.

Figure 3: Distribution des 801 concurrent·es ayant fini le MDS par catégories d'age. (Source: https://marathondessables.livetrail.run/classement.php?course=MDS&cat=scratch)

Les coureur·es représentent les deux tiers des membres du camp. Il faut ajouter l’organisation ainsi que toutes les fonctions de support, à savoir : les bénévoles, les monteurs de tentes, le système de santé projeté depuis la France et opéré par les DocTrotters, les médias qui assurent une couverture permanente de l’évènement (par exemple TV5Monde). Le transport logistique d’un camp à l’autre est en partie assuré par l’armée marocaine avec une trentaine de camions mobilisés en permanence.

Le lendemain est dédié à la vérification des sacs et documents médicaux. En pratique, depuis le Covid semblerait-il, les sacs ne sont pas ouverts7. Les concurrents s’engagent sur l’honneur à respecter les minimas alimentaires (2000kcal/jour) et la liste du matériel obligatoire. Une fois l’administratif passé, la balise SPOT posée sur le sac (nécessaire au suivi GPS pour l’organisation et le live) et les dossards récupérés, les photographes de l’organisation nous immortalisent avec des têtes encore fraiches malgré une première nuit trop froide passée sous la tente. La valise n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, elle nous retrouvera à l’hôtel une fois l’arrivée franchie.

Figure 4: Vérification des sacs la veille du départ.

Le reste de la journée se passe tranquillement sous les tentes. Les heures défilent vite malgré l’attente : refaire encore une fois le sac et discuter avec les colocs des sables. Vers 19h, départ pour notre dernier vrai repas chaud avant le début de l’autonomie alimentaire et aussi dernière file d’attente dans le froid. L’attente nous retrouvera bien assez tôt à l’aéroport de Ouarzazate mais j’y reviendrai plus tard. A la sortie du repas, un grand feu brûle au centre du camp. Un groupe de quelques coureurs s’agglutine autour de la dernière source de chaleur, la nuit s’annonce froide. Une bonne quinzaine de monteurs de tente chante au coin du feu. C’est l’heure de dormir pour être en forme pour le départ.

2 Étapes de liaison

Il est 5h30 (heure locale), le camp s’éveille après une seconde nuit de bivouac bien froide. Deux des colocs de la tente 82 ont trouvé une technique pour fermer presque complètement la tente afin d’empêcher le vent de traverser la tente et de s’infiltrer par les ouvertures du duvet. Le départ tant attendu n’est plus qu’à quelques heures. Avant 7h, les monteurs de tentes retirent très vite les toiles mais nous laissent les grands tapis sur lesquels nos affaires trainent encore en désordre (enfin plus ou moins selon les concurrent·es). Après un petit échauffement articulaire et quelques étirements avec le reste de la tente, il est temps de se diriger vers le premier départ.

Premier briefing du matin de Patrick Bauer perché sur sa Jeep : il nous donne quelques chiffres sur la composition de la caravane, la météo et nous fait un descriptif rapide des réjouissances de l’étape. Le départ est donné, comme tous les matins, sur la mythique Highway to Hell d’AC/DC. Comme prévu, je reste avec le gros de la tente. Nous partons en marchant en fin de caravane. Nous rattraperons bien assez tôt les concurrent·es parti·es trop vite : le désert, les kilomètres et l’acclimatation dicteront le rythme.

Figure 5: Vue aérienne du départ de la 36ème édition.
Figure 6: Départ de la 36ème édition.

La première journée passe relativement vite en discutant. Petit échauffement en fin de matinée, je cours un ou deux kilomètres : dur dur avec la chaleur et le sac. L’objectif n’étant pas là, je reprend vite la marche et je cours quand même la dernière descente sur le camp. Nous arrivons au bivouac en début d’après-midi par petits groupes. En résumé, c’était une journée d’acclimatation avec la découverte du sable, des cailloux et de la chaleur, sans oublier le sac pour certains. La faim s’installe paisiblement, enfin principalement pour moi. Les portions fournies par l’organisation8 m’avaient déjà mis au régime lors des deux derniers jours.

Le lendemain, c’est l’épreuve du feu, enfin du désert, pour la bleusaille dont je fais partie. Découverte des dunettes le matin et du vent des sables en fin de matinée, bien avant le CP2. Après ce CP, je perds mon groupe dans la tempête de sable, ils étaient derrière puis plus rien. Je ne les revois que le soir. Avancer avec un vent de sable de face ou de travers est une expérience un peu désagréable : on mange du sable, on respire du sable et les bourrasques latérales déstabilisent fortement la marche mais on se sent vivant et plein d’énergie. En se rapprochant du relief, le vent s’adoucit et disparait dans les dunes (Figure. 7). Puis vient le plat de résistance : le djebel El-Oftal, de la roche peu technique, une bonne montée et une très belle descente Figure. 7. La montée du djebel signe la fin des bonnes résolutions : il est temps d’envoyer un peu dans la montée et de courir jusqu’au camp. Pas trop vite quand même, j’ai encore du mal à réguler ma température et la longue étape arrive à grand pas.

Figure 7: Premières dunes de l’étape n°2.
Figure 8: Descente du djebel El-Oftal.

La course a vraiment commencé dans la tête et dans les jambes durant cette étape : presque 10km de plus que la veille, une tempête de sable frontale pendant de longues heures, nos premières dunes et surtout, un djébel fort sympathique. Soit on aime, soit ça casse. Le soir la caravane est moins nombreuse, c’est la journée ayant totalisée le plus d’abandons. La tente 82 perd son premier concurrent, blessure au genou. Le bivouac est balayé par le vent qui ne se calmera qu’à la nuit tombée. Il y a du sable partout, il faut vider le tapis de la tente. Faire du feu hors de la tente est impossible, il faut allumer un petit réchaud dans la tente ou manger froid.

Figure 9: Deuxième jour, tempête de sable sur le camp.
Figure 10: Deuxième jour, tempête de sable sur le camp.

La troisième étape commence par une petite partie plane suivie d’un passage en crêtes très beau et amusant - enfin avec des bouchons. A posteriori, il aurait fallu partir vite sur le plat pour profiter pleinement des crêtes. Je décide d’accélérer sur la suite et je laisse ma coéquipière. Malheureusement la deuxième partie de l’étape est moins drôle, de longues lignes droites en plein cagnard où je n’ose pas courir - je m’économise pour la longue du lendemain. La dernière ligne droite que je pensais faire en courant devient un vrai calvaire : un fort vent de sable se lève de face, impossible de courir sans gaspiller trop d’énergie, j’ai mal aux pieds et, en plus, la ligne droite est interminable. Elle s’étendait sur 7km environ…

Figure 11: Passage en crêtes lors de la troisième étape.

Mauvaise nouvelle à l’arrivée, nous ne serons plus que quatre colocs des sables à prendre le départ le lendemain matin. Mais, l’ambiance reste bonne dans la tente. Pour le deuxième soir d’affilé, le bivouac est balayé par le vent - un peu moins fort que la veille. Il se calme avec la tombée de la nuit. Il est plus de 21 heure, nous faisons trop de bruit pour la tente d’à côté. Il est temps de dormir. Le plat de résistance nous attend : la moitié du MDS à courir en deux étapes et surtout la longue de 85,8 km qui démarre dans une dizaine d’heures.

3 Étape non-stop et journée de repos

Comme prévu, je pars tranquillement en marchant. Au bout d’une demi-heure 9 le désert m’appelle, je laisse les autres une bonne heure plus tôt que prévu. Je commence à alterner marche-course : la remonté commence, elle se terminera à l’arrivée. Parti sans guêtres, mes chaussures sont pleines de sable dès la première descente sablonneuse, et il y en un certain nombre sur le chemin du CP1. Je marche sur des coussinets de sable. Au CP1, les guêtres nécessitent un arrêt prolongé : du strap, une paire de ciseaux et le tour est joué. Je garderai de petits coussinets de sable jusqu’à la fin mais plus de pierres ni de vagues de sable qui s’infiltrent dans les chaussures.

Pendant ma réparation, il se met à pleuvoir quelques gouttes puis le soleil sort et commence à taper sérieusement. Je marche plus que je ne cours sur le sable pour gérer. Il faut avaler de grandes plaines “plates” de sable qui s’étendent loin, trop loin, pendant les heures les plus chaudes de la journée. Je fais deux pauses repas d’une bonne dizaine de minutes afin de manger du solide : un petit taboulé à l’ombre du CP3 et mon plat du soir au CP5 juste avant la nuit. Pour les concurrent·es qui le souhaitent, les check-points 4 et 5 offrent des tentes pour se reposer, des transats ainsi que la possibilité de faire un bon feu (Figure. 12).

Il fait froid, voire même très froid la nuit. En courant, le froid reste supportable avec mon t-shirt manches longues (couvrant les mains), un buff et un bonnet. Pour gagner du temps, je laisse mes habits de bivouac dans le sac. J’ai juste rajouté un coupe-vent sur le dernier tronçon, vers 22h30 (heure locale) environ. Par contre, au moindre arrêt le froid devient prenant. En arrivant au CP7, vers 22h30, j’ai un bon coup de mou j’arrive avec 15min de retard sur le planning dont je commençais à réver au vue de ma forme : arriver en moins de 16H (soit vers minuit heure locale). Je suis bien fatigué et surtout j’ai sommeil et je n’ai plus qu’une demi-barre en stock pour rallier l’arrivée. Je suis défaitiste, pour moi j’ai raté la fenêtre des 16H. Du coup, je rebascule sur mon objectif initial de moins 20H, je suis large. Je pense donc faire une sieste au chaud dans mon duvet au CP7. En arrivant, je me pose par terre pour manger la fin des mes vivres. Je me masse un peu les mollets et un jeune marocain, travaillant en support de l’organisation, vient me voir. C’est aussi un coureur, plutôt du demi-fond si j’ai bien compris. Il me fait une séance expresse de massage pour récupérer les jambes (5 min), on discute un peu et du coup me voilà reparti sans faire de sieste et sans m’être mis au chaud : le mental est de nouveau là et, du coup, le froid est bien présent.

L’arrivée sur le camp est éprouvante pour le mental. Il fait froid, on voit le camp au loin sans vraiment avoir une notion de la distance nous séparant de l’écurie. Et puis, on redescend, on le perd un peu de vue, et on serpente sur une (trop) longue ligne droite, trois kilomètres. Le sol est sablonneux avec quelques pierres éparses : je trébuche plusieurs fois. Ma frontale faiblit, je fais le pari de tirer jusqu’au camp sans changer les piles. Heureusement, elles tiennent. Quelques centaines de mètres avant l’arche, nous débouchons sur une grande plaine dégagée, la lumière du camp fait son effet. Il est temps de relancer avec tout ce qui reste. Je finis avec un autre français. On fait la route jusqu’aux tentes en discutant, malheureusement, le lendemain je ne me rappelle plus de son nom ni de sa tête - juste qu’il avait déjà couru ce parcours il y a trois ou quatre ans…. Pour la première fois, je traverse un camp peu rempli^[Sur l’étape longue, je finis 256ème, alors que je m’étais habitué à terminer dans les 500 et plus sur les étapes de liaisons). C’est un peu bizarre mais je suis content de la journée et bien épuisé.

Je passe l’arrivée, vers minuit, soit avec presque un quart d’heure d’avance sur mes 16H. Une fois la ligne d’arrivée franchie, ma douleur des pieds revient brutalement mais un bon thé chaud et bien sucré remet tout ça d’aplomb. Devinez la première question que je pose au commissaire de bivouac quand on me remet mes six litres d’eau ? A quelle heure ouvre la clinique des DocTrotters ? Réponse le matin vers 7h30, les ampoules attendront. Elles sont plus jolies que celles des jours précédents.

Une fois à la tente, je trouve un coloc emmitouflé dans son duvet en train de dormir - au bruit du ronflement. Je reste prostré une bonne vingtaine de minutes assis contre mon sac sans bouger puis direction la ““douche”” - enfin le tiers de bouteille d’eau !! C’est froid, vivifiant et nécessaire pour éliminer le sel et le sable accumulés sur la journée. Je sors mon duvet, une longue nuit d’insomnie commence pendant que mon voisin ronfle un peu: je revois la course et j’ai trop mal aux jambes pour dormir sans pour autant avoir de crampes. Je vois passer 5h du matin puis plus rien jusqu’à l’arrivée des deux autres membres de la tente vers 7h30 : fatigués, avec les pieds dans un sale état mais contents. Pour les deux dormeurs de la tente 82, il est l’heure du petit déjeuner puis direction les DocTrotters. Pour moi, la note du boucher est plus faible que les jours précédents : mes pieds résistent bien mieux à la course qu’à la marche 10 même si j’ai charrié du sable sur les 86 km.

Figure 12: CP5 de nuit. Image de l’organisation (Source : https://www.marathondessables.com/fr/photo/36e-edition-du-marathon-des-sables-1361#images-137)

Étant arrivé “tôt”, presque 17h avant la barrière horaire pour les derniers de la tente, nous avons tous une bonne journée de repos. Les heures se passent sous la toile de tente en alternant entre dormir (beaucoup), manger (pas assez) et réparer les petits bobos ou le matériel (ou les guêtres récalcitrantes). Je n’émerge de mon état second qu’en fin d’après-midi. L’étape longue passée, je suis libéré d’un poids important. Maintenant, il ne reste plus qu’à éviter la grosse blessure et la médaille de finisher est là. Le moral est gonflé à bloc pour le lendemain : plus de pression et les jambes vont pouvoir s’exprimer sans restriction - enfin, sauf la fatigue, le désert et la chaleur 😅.

4 Étape marathon

Le départ de l’étape marathon est donnée à 7h. On ne change pas une équipe qui gagne : nous sommes encore plus à la bourre que d’habitude sauf mon coloc ronfleur, en théorie11. Il part une heure et demie après nous car il fait partie des deux cents premiers. Je pars avec le gros de la caravane. Nous attaquons par de la dunette sur quelques kilomètres, je retiens un peu la machine le temps de m’échauffer en alternant marche (un peu) et course tranquille quelque temps. Dès que la première partie de sable prend fin, je commence à monter tranquillement dans les tours. L’idée étant de faire un beau négative split12. Les kilomètres s’enchainent vite même si je mets une bonne heure pour être bien chaud (et bien réveillé). Mon adducteur se fait vite oublier, comme mes pieds. Les deux premiers CPs passent plus vite que prévu, je me sens bien. Du coup, je revois à la hausse mes attentes : objectif arriver à midi (heure locale) pour 5H de course. Par contre, j’ai oublié de lancer mon chrono et le départ a eu du retard : je ne sais pas si je suis 5min en avance ou en retard sur le planning. Une erreur qui se paiera cash à l’arrivée en la franchissant avec 2min de retard moi qui pensais avoir un peu de marge …. Je n’ai aucun problème pour m’alimenter et mes craintes liées à la récupération après mon premier 80km s’envolent. Je fais des pauses toujours plus courtes : 2’30” au premier CP un peu plus de 1’30” au deuxième et 1’ au troisième. Juste le temps de dévisser mes gourdes qui sont un peu récalcitrantes, de verser ma potion magique (boisson isotonique ou électrolytes) et hop, ça repart.

Courir devant, avec peu de coureur·es en vue (deux ou trois dizaines tout au plus) sur un terrain encore bien préservé : quel bonheur! Le sable porte bien, les jambes sont là, la température est supportable et tant pis pour le manque d’eau qui commence à se faire sentir. Je ne prends qu’1,5L sur les trois au CP2, je mise tout sur la vitesse. Une fois le CP 2 passé, il est temps de mettre un peu de rythme dans les dunettes : marcher la montée (quelques mètres), relancer sur la descente et sur le plat. Avec un anglais, on se suit sur quelque centaines de mètres. Je mets les voiles à l’entrée des dunes. Je patauge dans le sable et comme d’habitude dès qu’il faut marcher, je me fais doubler. Les frères El-Morabity nous rattrapent. Ils nous contournent par la droite très vite et en finesse, sans crapahuter comme des mulets à la différence du groupe dans lequel je suis. Je me remets à patauger jusqu’à la sortie des dunes en essayant de coller au maximum à ceux qui me dépassent, ça limite bien la casse. Retour sur du “dur”, la relance est naturelle. Il est temps d’arrêter de se trainer. Par contre, le soleil commence à bien taper et nous sommes protégés du vent depuis la sortie des dunes : la cuisson commence. Je me prends les pieds en buvant et je finis par terre à quelques minutes du CP3, aucun bobo, le sol est souple.

Une fois le CP3 passé au pas de charge, il reste 8 kilomètres. La forme est là, le sol est caillouteux jusqu’à l’arrivée. Il faut envoyer et remonter. J’ingurgite un gel qu’un coloc de tente m’a donné pour tester : c’est un quitte ou double. Il passe sans trop de problème. C’est parti, j’augmente la cadence jusqu’à l’arrivée. Sauf au moment où je me reprends les pieds en buvant dans une descente sablonneuse. Saleté de pipette et de fatigue. Je tiens un 9,9km/h de moyenne sur la fin, dès que je vois un sac devant moi, je m’accroche et je remonte. Dernière grosse butte passée, on aperçoit enfin le camp, il doit rester deux ou trois kilomètres. Un plat descendant puis une grande étendue caillouteuse jusqu’à l’arrivée. Je vois un sac au loin, objectif : remonter sur lui avant la fin. Je lâche les jambes au maximum de ce que permet la chaleur, je commence à avoir la tête qui chauffe : un tiers de flasque sur le crane stabilise le problème. La poursuite continue. Finalement, il franchit la ligne d’arrivée quelque dizaines de mètres avant moi : il m’aura bien tiré.

Je reçois ma médaille dans un état second, ça tourne un peu. Je suis passablement épuisé par les derniers kilomètres sous la chaleur de midi. Heureusement, qu’il y a le thé vert bien (trop?) sucré de l’arrivée. Je discute un peu avec le coureur qui m’a permis de relancer sur la fin. Le camp est désert nous sommes quelque dizaines tout au plus. Malgré une bonne fatigue, je suis plein d’énergie. J’arrive à la tente, je la mets en ordre, je tire la corde à linge, je me prépare une bouteille de boisson de récupération et, hop, direction la ligne d’arrivée pour encourager les autres. Chose primordiale, j’emporte ma canette de coca bien méritée, récupérée en même temps que la médaille, en l’emballant dans une chaussette mouillée. L’arrivée est en plein soleil, je me pose sous un des petits fanions encadrant l’arche. J’arrive au moins à garder ma bouteille à l’ombre, la boisson de récupération chaude c’est infect, déjà qu’à température ambiante c’est discutable. Dans l’heure qui suit, je récupère deux de mes colocs de tente. On se pose dans la tente pour fuir la chaleur, on discute. Nous nous posons régulièrement la question : quand se mettre en route pour récupérer notre quatrième - pas d’informations du suivi GPS, le staff est complètement débordé. Elle arrive plus tôt que prévu, nous l’accueillons couchés dans la tente 😅 😅.

La soirée se passe joyeusement libérée de toute charge mentale. Comme tous les soirs, petite excursion en tongues pour aller chercher du bois, enfin de la grosse brindille, pour le feu. Puis il est temps de pratiquer une célèbre discipline olympique le couché incliné, à ne surtout pas confondre avec le développé couché. Discipline mise au point patiemment du temps où j’étais à l’ENS Paris-Saclay, l’objectif étant d’introduire un exercice visant à minimiser la quantité d’énergie dépensée 😆.

5 Étape solidarité et retour (à Ouarzazate)

Un dernier départ raisonnablement à la bourre. Nous partons à quatre pour une petite traversée des dunes de Merzouga (Figure. 13) en randonnant. Je taxe des barres énergétiques à droite (figue) et à gauche (datte). Eh oui, mon estomac se rappelle encore de ce que j’ai mangé (presque un mois après). Les dunes s’avalent toutes seules en discutant. Le paysage est vraiment magnifique et les sommets des grandes dunes au loin invitent à une future ascension, les plus hautes atteignent les 150m.

Figure 13: Vue aérienne des dunes de Merzouga.

Une fois sortis du désert, il nous reste environ 350km de car pour arriver à Ouarzazate. En faisant quelques détours par la montagne, cela nous prend près de 6h. Malgré, le panier-repas fourni à la pause, ou à cause de sa faiblesse, je suis un peu en hypoglycémie à l’arrivée à l’hôtel. Je récupère ma valise, quelques poignées de noix de cajou et une barre de 300kcal, plus tard tout va bien.

La caravane occupe sept hôtels enfin les sature. Nous sommes dans l’hôtel Karam. Les colocs de la tente 82 qui avaient abandonné·es pendant la course nous attendent à l’hôtel, ça fait plaisir de les revoir. Après neuf jours dans le désert, c’est la ruée vers la douche. Toutes les douches du bâtiment sont prises d’assaut en même temps : eau froide et débit presque nul. La douche chaude tant désirée attendra. Il ne nous reste plus qu’à nous rassasier : direction le buffet de l’hôtel qui est d’une quantité et d’une qualité discutables. Le lendemain nous mangerons dehors. S’en suit une petite exploration nocturne de Ouarzazate avec les derniers éveillés de la tente 82. La dernière journée est consacrée à 1) manger, 2) manger, 3) visiter Ouarzazate et récupérer le dossard. Avant de repartir manger refaire un tour et repartir manger 😅.

Le lundi matin réveil aux aurores suivi d’un (rapide) petit-déjeuner. Je n’ai le temps d’engloutir que deux assiettes : il faut savoir faire vite. Puis direction l’aéroport avec son interminable file d’attente. Ici aussi, la caravane sature complètement les capacités de contrôle des bagages…… De trop nombreux·ses concurrent·es n’ont pas correctement vidé les sacs à dos : qui trimballe un couteau, des ciseaux ou encore un briquet!!! L’avion décolle avec plus d’une heure de retard. L’arrivée à Paris est morne et triste, elle se fait dans le froid, l’ humidité, la grisaille et le béton …. Un question se fait plus pressante : à quand le prochain départ ?

6 Pour aller plus loin

Dans un deuxième article, plus technique, je décris la vie dans le désert et ma gestion de course. La dernière partie s’attaque aux aspects logistiques du point de vue du coureur : en partant du matériel pour finir sur la gestion de l’alimentation.

Un troisième article couvre la préparation de la course au long cours ainsi que la préparation de dernière minute avant d’embarquer.


  1. Tous les jours, le départ est donné avec quelques minutes de retard à cause des nombreux retardataires.↩︎

  2. Les cinquante premier·es partent trois heures après les autres.↩︎

  3. Les deux cent premier·es partent une heure et demie après les autres.↩︎

  4. Un djebel désigne un massif montagneux en Afrique du Nord.↩︎

  5. L’hygrométrie est la mesure de l’humidité de l’air. En France, l’hygrométrie moyenne est comprise entre 70 et 80% suivant les mois de l’année.↩︎

  6. Avec quelques exceptions,je pense notamment aux concurrent·es de la 35ème éditions qui ont plongés en enfer.↩︎

  7. Sauf pour les élites qui sont contrôlés régulièrement en course.↩︎

  8. Dans le car et sur le camp de base le jour des vérifications administratives↩︎

  9. Ou d’une heure, ma notion du temps est un peu floue sur cette étape.↩︎

  10. Normal, mon entrainement est exclusivement tourné sur de la course ou du vélo.↩︎

  11. A l’arrivée, nous apprenons qu’il a lui aussi été pressé par le temps, une histoire de brosse à dent probablement 😜.↩︎

  12. Tactique de course visant à courir plus rapidement la deuxième moitié de la course.↩︎